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Au nom de la conserve, Chancerelle. par Alain Le Doaré



Du papier toilette, des pâtes et… des boîtes de sardines : les crises suscitent des réflexes irrationnels qui renvoient à l’histoire collective. Le travail d’Alain Le Doaré sur la conserverie Chancerelle de Douarnenez (29) montre comment le petit poisson à l’huile a imprégné nos mémoires. Alain Le Doaré est historien. Il dit vivre « chichement ». Le docteur en histoire ne fait pourtant pas de concession dans son travail. Ce printemps, il sort un ouvrage somptueux sur l’histoire des conserveries douarnenistes, avec comme fil rouge la famille Chancerelle. Alain Le Doaré, fils d’un marin-pêcheur et d’une ouvrière d’usine, habite la rue Nicolas-Appert (l’inventeur de la conserve) et est viscéralement penn sardin, « mais sans nostalgie ».

Les charlottes ont remplacé les coiffes

Après sa thèse de doctorat sur les prêtres marins entre 1850 et 1950, le Douarneniste a travaillé au Port-Musée de la ville. « Ma première exposition était consacrée à l’art de fixer les saisons, c’est-à-dire la manière de faire passer le temps à un petit pois ou une sardine en boîte ». Le chercheur se penchera ensuite sur les conserveries locales. « Nous sommes là dans une activité intemporelle. La sardine a été le premier poisson mis en boîte industriellement, malgré sa fragilité et donc la nécessité de le travailler tout de suite. La manière de faire est restée la même. Un tour de main pour l’étêtage, puis la cuisson, l’emboîtage, l’huilage. Il y a juste les coiffes qui ont été remplacées par des charlottes ». …/… in Le Telegramme

Un bel ouvrage à découvrir chez l'auteur

Confinement à la conserverie Chancerelle

La production a ralenti à la conserverie Chancerelle alors que la demande en conserves de la grande distribution est très forte. La direction explique que sa priorité est la sécurité du personnel.

« Nous ne sommes pas les plus à plaindre. Il y a une pudeur nécessaire dans la communication d’entreprise dans cette situation ». D’emblée, ce jeudi après-midi, Jean Mauviel a pris des précautions pour évoquer l’adaptation de la conserverie Chancerelle à la pandémie. Le directeur général de l’entreprise douarneniste a fait le point avec Jean-Christophe Onno, directeur des ressources humaines et Philippe Cloarec, directeur industriel.

9 % d’absentéisme liés au virus

« Dès le 2 mars nous avons créé une première cellule de crise avec le comité social et économique de l’entreprise pour organiser les gestes barrières », explique Jean Mauviel. « Nous avons environ 700 salariés à Douarnenez sur deux usines de fabrication de conserves et un site d’expédition vers la grande distribution ».
La solution s’est imposée : deux équipes ont été créées qui se succèdent de 6 h à 13 h 15 et de 13 h 45 à 21 h. Ce dédoublement permet de respecter les distances entre les personnes. « Nous ne développons pas l’activité mais nous pouvons continuer à produire », ajoute Jean-Christophe Onno. « La priorité est la sécurité des salariés ».
En totalisant les arrêts pour garde d’enfant et ceux préconisés pour le personnel à risque (souffrant de certaines pathologies, femmes enceintes…) l’absentéisme lié à l’épidémie est de 9 %. Ce qui porte le pourcentage total, tous motifs confondus, à 18 %. Chancerelle a aussi mis au chômage partiel, la trentaine de commerciaux de terrain répartis sur la France, qui n’ont plus accès aux grandes surfaces.


Prime et dons de boîtes

Dans les ateliers, l’organisation a été revue avec de nouvelles circulations pour limiter les contacts. L’équipement de sécurité est habituel : charlotte, gants, bottes, tablier. Une grande partie des masques habituellement réservés à certains usages, a été donnée aux personnels soignants des hôpitaux locaux. Une fois par semaine, une réunion d’information du personnel (par équipes) est organisée par la direction. « Le moment venu après la crise, une prime sera versée aux salariés venus au travail, de manière équitable et collégiale », dit Jean Mauviel. L’entreprise a aussi fait des dons de boîtes à ses salariés de même qu’aux associations caritatives du département via la préfecture.

Une demande très forte

Chez Chancerelle, la production de boîtes de conserve a donc diminué ce printemps. « On est à moins 30 % », constate Jean Mauviel. « Nous sommes focalisés sur les circuits d’expédition ». La demande de la grande distribution est en effet très forte. « On en est à 70 % au-dessus de la normale en expédition », confirme Philippe Cloarec. « La conserve est un produit refuge qui se substitue pour les ménages aux repas qu’ils ne prennent plus à l’extérieur », analyse Jean Mauviel. La conserverie fonctionne sur des stocks pour quatre à six mois. Ceux-ci diminuent donc rapidement. « Un problème se posera cet été pour les reconstituer », explique Philippe Cloarec. « Nous allons fonctionner en stock très court ». Et donc soumis aux aléas de la pêche.
Heureusement la direction de Chancerelle peut compter sur la chaîne, de proximité, de l’emballage (boîtes), du transport, du fret maritime, qui elle aussi continue à fonctionner.
©in letelegramme.fr 02/04/2020

Changement de tete chez Connétable



Publié le 16 oct. 2019 à 7h17
La sardine a la cote. Surtout en boîte. Compte tenu des  vertus des produits de la mer pour la santé et face à la chute de la consommation de viande, les ventes de conserves de poissons progressent en France de près de 2 % par an. Et leader sur le sol français, avec 40 % du marché de la sardine, la Maison Chancerelle, contrôlée par la famille depuis sa création en… 1853, vient de se choisir un nouveau directeur général.
A 56 ans, Jean Mauviel prend le gouvernail; son prédécesseur, Jean-François Hug, présidera le conseil d'administration. L'entreprise de Douarnenez, connue pour ses sardines premium Connétable, emploie plus de 800 salariés en France et 1.000 autres dans son usine d'Agadir au Maroc. Forte d'un chiffre d'affaires annuel de 150 millions d'euros, la maison surfe sur les nouvelles tendances de consommation : en 2016 déjà, 9 ménages sur 10 achetaient du poisson en conserve.
Jean Mauviel, qui a passé une dizaine d'années comme dirigeant au sein du conserveur coopératif de légumes d'Aucy, connaît sur le bout des doigts le secteur de l'appertisation. Cerise sur le gâteau, ce plaisancier aguerri est un fin connaisseur des poissons sauvages. 

Chancerelle Entreprise du Patrimoine Vivant

À Douarnenez dans le Finistère, la conserverie Chancerelle, qui commercialise notamment ses poissons en conserve sous la marque Connétable, s’est vu attribuer le label Entreprise du patrimoine vivant en juillet 2019. Ce label reconnaît à la plus ancienne conserverie de sardines au monde encore en activité son savoir-faire traditionnel de traitement de la sardine à la main.(…)
Dans cette usine, tout surcroît d’activité se traduit mathématiquement par des embauches. Le président de Chancerelle, Jean-François Hug est le garant d’une philosophie de la qualité héritée de ses prédécesseurs :
Chez nous, pour produire plus, on prend plus de personnel. On ne fait pas davantage appel à des machines et on n’augmente pas la vitesse.
En 2018, bénéficiant d’une bonne santé du marché de la sardine en conserve, l’entreprise a dû ainsi recruter. Faute de trouver assez de main-d’œuvre localement, elle a fait venir une quarantaine de personnes de… l’île de la Réunion. Leurs mains ont rejoint le ballet ancestral des sardinières de Douarnenez, les Penn sardin.
À la conserverie Chancerelle de Douarnenez, les sardines sont étêtées, éviscérées et emboîtées à la main. (©Côté Quimper.)

À Douarnenez, Chancerelle emploie 800 personnes (dont environ 650 en CDI). En 2018, son chiffre d’affaires s’est établi à 150 millions d’euros. Sa marque Connétable réalise 39 % de parts de marché sur la vente de sardines en conserve dans la grande distribution. L’entreprise commercialise aussi ses produits sous marques d’enseigne (ils représentent entre 25 et 30 % de son chiffre d’affaires), et sous les marques Phare d’Eckmühl (produits bio), Pointe de Penmarc’h et Belma (marque export, 14 % des ventes sont réalisées à l’étranger).
la suite les vidéos sur le parage à la main ICI in actu.fr

Nouvelle usine Chancerelle à Laâyoune au Maroc

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La conserverie Chancerelle, plus connue pour sa marque Connétable, devrait achever un investissement de 4 millions d’euros (près de 43 millions de dirhams) dans la construction d’une nouvelle usine de traitement de sardines, à Laâyoune. « Ce site nous permettra de transformer les sardines dès que les bateaux accosteront afin de maintenir la chaîne du froid et de contrôler au plus vite leur qualité », a expliqué le PDG de la conserverie bretonne, Jean-François Hug, aux Échos.
Selon le quotidien économique français, l’usine pourrait faire travailler des « centaines de personnes » dans un site grand de 4.000 mètres carrés. Il s’agirait de la seconde usine de Chancerelle dans le Royaume, après celle d’Agadir ouverte en 2009 et employant près de 1.000 personnes. Cette dernière a notamment vocation à « l’export et au marque des distributeurs », explique Les Échos.

 

La sardine, un produit exporté

La nouvelle usine de Laâyoune entre dans le processus d’acheminement de sardines pêché au large du sud marocain. Elle permettra de conserver la chaîne du froid, une fois les bateaux de pêche amarrés au port. Les sardines y seront « nettoyées, éviscérées et placées dans la glace avant leur transport pour le site d’Agadir », poursuit le quotidien économique français.
Basée à Douarnenez (Finistère, France), la conserverie tire « près de la moitié des volumes de sardines mis en boite » des eaux marocaines, rapporte Les Échos. Un phénomène lié à l’insuffisance de bancs poissons en France et à une main d’œuvre plus attractive dans le Royaume. Contactée par TelQuel, une source proche de la délégation de pêche maritime de Laâyoune explique « qu’une majorité des industriels de la filière halieutique exporte vers l’Europe  ». Une activité créatrice d’emploi à plusieurs échelles, « de la simple activité de pêche, à la réparation de navires », explique notre source qui se réjouit du renouvellement en cours, mais pas encore voté par le parlement européen, du partenariat de pêche entre le Maroc et l’Union européenne (UE). « Cela va dynamiser l’activité économique et améliorer les normes techniques, notamment sur la traçabilité des espèces de poisson », affirme-t-elle.

Valorisation des produits

« Une trentaine de patrons de chalutiers marocains » auraient d’ores-et-déjà signé des accords de pêche afin d’alimenter  la conserverie en sardines. La glace nécessaire à la congélation à bord des navires sera fournie par l’entreprise bretonne : « Cela représente un coût, mais évite que les caisses de poissons soient stockées à température ambiante », explique Jean-François Hug.
Joint par TelQuel, le directeur régional de l’Office national des pêches (ONP) à Laâyoune, Khatari Ezaroili, abonde dans ce sens. « Il y a une meilleure valorisation des produits pêchés, notamment par les caisses de glace à bord des embarcations », explique-t-il. Des sardines valorisés et, donc, de « meilleure qualité », qui ont permis de compenser une baisse de volume de pêche dans la région. « On a connu beaucoup d’aléas en 2018 », indique Khatari Ezaroili. Avant d’ajouter : « Les conditions météorologiques défavorables ont entrainé des complications pour les pêcheurs d’aller en mer. Sur la période de mai à septembre, le volume a été fluctuant mais reste de l’ordre de 10.000 tonnes. »
D’après des chiffres avancés par le quotidien L’Économiste, la production nationale de la sardine « dépasse les 850.000 tonnes annuellement », dont 126.000 concernés par l’exportation des boites de conserve.

Usine Nouvelle

 

La conserverie Chancerelle investit 6 millions d'euros à Douarnenez

La conserverie de poissons Chancerelle a prévu une enveloppe de 6 millions d'euros en 2018 pour renouveler son matériel à Douarnenez (Finistère). Elle annonce aussi le recrutement de 100 salariés supplémentaires principalement en CDI.


La conserverie Chancerelle installée à Douarnenez (Finistère) investira 6 millions d'euros en 2018 pour moderniser ses équipements et renforcer ses moyens industriels. Parallèlement, l'entreprise plus connue par sa principale marque Le Connétable, recrute. Elle a prévu, au cours des prochains mois, l'embauche de 100 salariés supplémentaires qui s'ajouteront aux 800 salariés actuels de l'entreprise dans le Finistère (elle est aussi implantée au Maroc où elle emploie plus de 1 000 personnes). Chancerelle réalise un chiffre d'affaires annuel de 145 millions d'euros et concentre désormais 10 % du marché de la conserve de sardines.
Pour conforter son rang, Chancerelle mise sur les innovations produits et la poursuite de son positionnement premium. Outre les sardines qui concentrent la majorité de ses productions, Chancerelle transforme des maquereaux mais aussi du foie de morue et du thon. La conserverie a mis en place une politique de RSE - Responsabilité sociale de l'entreprise - qui lui permet désormais de valoriser 90 % de ses déchets. Afin de garantir l'origine de ses matières premières, elle a développé une méthode de traçabilité des différents chalutiers qui l'approvisionnent en poissons frais. Les consommateurs peuvent ainsi connaître l'origine exacte des produits qu'ils achètent.

Connétable déménage

Conserverie. Chez Chancerelle, ça déménage !

Marie-France Le Moan fait partie de ces générations d'ouvrières douarnenistes qui ont fait la réputation des sardines en boîte de la cité Penn sardin.
Fondée il y a 162 ans à Douarnenez, la maison Chancerelle est la plus ancienne conserverie de sardines encore en activité au monde. Elle était la dernière des usines de poisson encore en activité sur le port. Mais, hier, une page de son histoire s'est tournée...
En 1905, on les appelait les « Fritures ». Elles étaient une vingtaine le long des quais. En 1956, on en comptait plus que seize. Puis dix en 1961.
Une mutation préparée de longue date
Aujourd'hui, elles ne sont plus que deux à mettre du poisson en boîte dans la cité Penn Sardin : Paulet-Petit Navire, installée zone industrielle de Pouldavid et Wenceslas Chancerelle, qui vient de quitter les 3.800 m² au sol de son berceau du port de pêche pour rejoindre la zone industrielle de Lannugat. Dans son habit rouge et or reconnaissable, c'est à 18 h 30, vendredi, qu'a été sertie, dans l'usine du port, la toute dernière boite de sardines à l'huile « Connétable », marque phare de la conserverie. Annoncé il y a deux ans et préparé depuis presque dix ans, l'abandon définitif de ce site historique est effectif depuis hier. Entre 1996 et 2003, les activités de la conserverie ont peu à peu migré dans la zone de Lannugat, sur 9.500 m² (conditionnement, stockage, expédition, bureaux, chambre froide...). Sa voisine n'est autre que la Cobreco, leader sur le marché français de la conserve de Saint-Jacques et de thon. Fusion de deux autres célèbres conserveries du port de Douarnenez - Jacq et Gourlaouen -, la Cobreco s'est établie à Lannugat en 1986. En 2013, Chancerelle a racheté la Cobreco. Avec la fermeture de cette dernière usine du port, c'est une page de l'histoire de Douarnenez qui se tourne. Même si une partie des approvisionnements en sardines, maquereaux et thon continue de se faire via le port du Rosmeur, il n'y a plus de nécessité à être près des quais.
Produire plus en préservant la qualité
Guerre des prix, approvisionnements de plus en plus difficiles, consommateurs exigeants... « Pour relever le défi d'une concurrence devenue mondiale, tout en répondant aux nouvelles normes européennes, nous devions nous agrandir. Il nous fallait produire plus en préservant ce qui fait notre force, la qualité, le savoir-faire haut de gamme. Pour cela, il fallait quitter le centre-ville, où nous n'avions pas de possibilité d'extension », rappelle Jean-François Hug, P-DG de Chancerelle, indiquant que le chiffre d'affaires prévisionnel pour 2015 s'établit à 180 M€. « Deux fois plus qu'en 2009 et sept fois plus qu'en 1996 ».
Pincement au coeur
Sur les 500 employés que compte l'entreprise, quelque 300 ouvrières se sont retrouvées une dernière fois dans leur usine, samedi soir, autour d'un repas. « Vous avez le coeur serré, vous êtes attachées à ce site, vous y avez beaucoup de souvenirs », a souligné Jean-François Hug, tenant à rendre hommage à ces générations de femmes entrées jeunes dans l'usine et ressorties grands-mères, gardiennes de ce savoir-faire « à l'ancienne » qui fait la réputation de la maison. Comme Marie-France Le Moan, entrée chez Chancerelle il y a quarante ans, après avoir fait son apprentissage chez Audren, une usine sur le Port-Rhu, transformée aujourd'hui en appartements près de la MJC. « J'ai commencé par être femme de table, puis je suis devenue sertisseuse, puis contrôleuse. J'aime tout dans mon métier ! assure-t-elle. Surtout le travail d'équipe. Les anciennes apprennent aux nouvelles... J'ai un pincement au coeur de partir d'ici. Mais j'ai confiance dans la famille Chancerelle... ». « Nous
conservons nos procédés de fabrication à l'identique, vos conditions de travail seront plus agréables et il n'y aura pas d'économies d'effectifs », a promis le patron.
in Le Télégramme, 3 mars 2015 à 08h09 / Marie-Line Quéau /

La sardine de Douarnenez sous l'oeil de l'historien

Ouest-France Jeudi 08 août 2013
Douarnenez (29). L'entreprise Chancerelle sous la loupe de l'historien Le Doaré
L'entreprise penn-sardin fête ses 160 ans d'existence. Le spécialiste du fait maritime Alain Le Doaré se penche sur l'histoire de la plus vieille conserverie familiale du bout du monde.






« Évoquer le cas d'une entreprise qui se soucie de son histoire et de ses racines. » C'est le voeu formulé par Alain Le Doaré depuis quelques semaines qu'il passe au peigne fin les riches heures de la conserverie Wenceslas Chancerelle. Dans la continuité de l'exposition L'art de fixer les saisons, réalisée au Port-musée en 2006, le passionné des conserveries poursuit son travail sur l'industrie sardinière et s'intéresse à l'entreprise W. Chancerelle.

Sauvergarder la mémoire industrielle douarneniste
L'objectif à court terme est de restituer un condensé des 160 dernières années, passées à emboîter le poisson mais aussi à maintenir la conserverie à taille humaine et à Douarnenez. « Il y a un énorme patrimoine matériel et immatériel, analyse le docteur en histoire. Les archives ont été en grande partie conservées, notamment par la famille. Les plus anciennes remontent à 1850. » Il se donne jusqu'à octobre pour étudier les produits, les personnels, les lieux de production. Il espère ainsi recueillir les témoignages et les photographies de personnes liées à l'histoire de la « friture » de Pors-Laouen.
« Personne ne s'est penché, de manière synthétique, sur l'aventure de cette conserverie familiale », se désole le chercheur qui en appelle à la sauvegarde de la mémoire industrielle douarneniste. Parmi les archives qui remontent sept générations de Chancerelle, c'est véritablement l'oeuvre de Robert, fils de Marc, qui suscite l'intérêt de l'historien. « Présent de 1949 à 1987, il a donné sa vie à l'entreprise. Il a sécurisé les approvisionnements, développé des marchés et abordé le virage de la grande distribution, alors que d'autres enseignes ont chuté. »
Un premier constat qu'Alain le Doaré souhaite nourrir d'une dimension humaine globale : « Le patrimoine immatériel est constitué des témoignages de toutes celles qui ont été au service de l'entreprise et qui sont aujourd'hui retraitées. Mais sa mémoire vive, c'est aussi toutes celles qui y travaillent actuellement. »
Une permanence des gestes et de la tradition d'autant plus importante à valoriser, à l'heure où le site historique de production du port du Rosmeur, agrandi en 1986, se prépare au déménagement pour la zone de Lannugat. Sur les 370 salariés actuels, 175 personnes ont été embauchées au XXe siècle, douze dans les années 1970, 66 dans les années 1980, 97 dans les années 1990. « C'est ainsi que le savoir-faire se transmet », résume l'historien.
Pour témoigner ou montrer ses photos d'époque, contacter Alain Le Doaré, à Connétable, 3, rue des Conserveries, 29 177 Douarnenez. Par courriel (alain.le.doare@orange.fr) ou tél. 02 98 92 42 44.

Entreprise
Ouest-France Mercredi 10 avril 2013
À Douarnenez (29), 160 ans de sardines en boîte
La bonne boîte, c'est la sardine à l'ancienne. Produit historique, pas ringard. 95 % des Français en achètent. Vous la sortez du placard, parce qu'elle fait partie de l'avitaillement de toute bonne maison.

Dans la sardine, presque tout est bon. Une fois coupée tête et queue, éviscérée et cuite, bien rangée dans sa boîte, elle confit dans l'huile. Non seulement, elle vous apporte des oméga 3 pas chers, vitamines, oligo-éléments, quelques calories si elle est fraîche, un peu plus si elle a trempé dans l'huile, mais avec son arête dorsale qui se dissout dans la boîte, vous avez du calcium. Magique.
À Douarnenez, ce port du sud du Finistère, on vit de la pêche à la sardine depuis le monde romain et ses cuves à garum (un condiment à base de poissons) qui nourrissaient les légions de l'Empire. Au XVIIe siècle, on la saumurait puis la pressait. Le pesket, le poisson, passait huit mois en tonneau.
Ici, la maison Chancerelle a ses lettres de noblesse dans le métier. Chaque jour, des ouvrières coupent, trient. Sur les 370 salariés, 70 % sont des femmes. Si la fabrication est mécanisée, la préparation à l'ancienne garantit le résultat.
Des obus et de la conserve
Après l'invention de la conserve, Robert Chancerelle, un Nantais, installe sa conserverie en 1853 sur le port de Douarnenez. Fin XIXe, début XXe les sardines font les repas de matelots. Chez les Penn sardin (les têtes de sardines, surnom des Douarnenistes), quand le poisson disparaît de la baie de 1902 à 1909, c'est la disette. La relance vient de la guerre 14-18 : les poilus ont bouffé des obus et de la conserve.
Avant 1900, avec ses 32 conserveries, Douarnenez fournit des sardines dans le monde entier. En 1954, il y avait 180 conserveries en France. Aujourd'hui, il en reste seize.
La sardine nage en banc, entre deux eaux, de l'Écosse à la Norvège, des côtes françaises jusqu'à la Mauritanie, le Sénégal, et le bassin méditerranéen. Dans les années 1950, Robert Chancerelle, le cinquième du nom, qui fonde la marque Connétable, fait des choix : il va chercher le poisson plus loin, pour en avoir toute l'année. Mais reste « intransigeant sur la qualité, investit dans le froid », explique Jean-François Hug, l'actuel PDG de la troisième entreprise française de la conserve de poissons. « Les consommateurs sont prêts à payer plus cher pour une conserve de qualité. C'est du durable. »
Douarnenez a été capitale mondiale de la sardine. Le paysage a changé, les conserveries ont mis la clé sous la porte. À ce jour, il ne reste que trois usines : Paulet (marque Petit Navire), Cobreco (marque Arok) et Connétable. Mais les Penn sardin restent les champions européens de la conserve de poisson.
Christian GOUEROU