Avant de devenir le blogueur-gourmet (cf.
À boire et à manger)
que tout le monde connaît et apprécie, Guillaume Long a dû apprendre
les bases de son savoir-faire. Comme beaucoup, il a été étudiant, aux
Beaux-Arts plus exactement. De ces études studieuses, il avait tiré deux
albums autobiographiques,
Comme un poisson dans l’huile et
Les sardines sont cuites (Vertiges Graphic, 2002 et 2003). Ici Même lui donne aujourd’hui la possibilité de revenir sur ces années douces avec
Une sardine à la mer, une édition intégrale augmentée de plusieurs récits inédits et révélateurs.
Dans ces premières œuvres maladroites et très influencées par Lewis
Trondheim (période début de l’Association), Long raconte avec moult
auto-dérision les deux années qui ont été cruciales pour son avenir et
dresse précisément l’état de doute et d’excitation dans lequel il se
trouvait à cette époque. D’apprenti artiste désirant se diriger vers le
cinéma, il devient au fil des pages bédéiste. À ce propos, la
progression de son dessin et de sa mise en scène sont très perceptibles
entre le début et la fin de l’ouvrage.
Et puis, il y a l’humour, il est excellent et il y en a beaucoup.
L’angoisse maladive du héros, la galerie de portraits hauts en couleurs
(coreligionnaires et corps enseignant, tous semblent sortir d’un
quelconque enfer), les moments de questionnement et, finalement, toutes
les anecdotes que la vie estudiantine génèrent invariablement. Résultat,
le lecteur oublie rapidement les petits défauts de cette fable
initiatique et, à la place, s’amuse énormément devant ces pérégrinations
pédagogiques et l’histoire d’amitié sans lendemain entre Guillaume et
Rémi, le complice amateur de
land-art et grand destructeur de forêt.
Il est toujours intéressant de connaître les origines d’une vocation et
les fondations sur lesquelles un auteur s’est construit.
Une sardine à la mer
joue littéralement ce rôle pour Guillaume Long. Plus important encore,
il s’agit également d’une lecture hilarante mêlant habilement et sans en
avoir l'air l'intime et le trivial.
Par A. Perroud