Produit du quotidien devenu phénomène TikTok, la conserve de sardine se fait rare dans certaines grandes et moyennes surfaces. Sans parler de pénurie généralisée, l’Union nationale des industries de la conserve de poisson reconnaît des tensions d’approvisionnement localisées. Explications.
Par Hajar Kharroubi
Le 26/05/2026 à 14h25
Dans certaines grandes et moyennes surfaces, le rayon des conserves de sardine est vide. Pas de date de réapprovisionnement annoncée et pas d’explication en rayon. «Depuis une quinzaine de jours, on n’a plus reçu de conserves de sardine. Les clients demandent, on n’a rien à leur proposer», souligne un employé d’une enseigne de distribution à Casablanca.
Là où le produit est encore disponible, il part aussitôt. «Les clients savent que le produit est là et ils prennent en quantité. Si vous n’en trouvez plus aujourd’hui, revenez dans trois jours», témoigne un employé d’une autre enseigne à Témara. Résultat: des clients se mettent à constituer des stocks. «J’en cherchais depuis un moment et j’ai fini par en trouver ici par pur hasard. Dans d’autres magasins, les rayons étaient vides. Je prends plusieurs boîtes pour être tranquille un moment», confie l’un d’eux. Du côté des commerces de proximité, en revanche, aucune tension signalée. Les livraisons arrivent normalement, le produit est disponible, notent trois épiciers.
Les conserves de sardine n’ont pas eu besoin des réseaux sociaux pour trouver leur public au Maroc. TikTok a néanmoins changé l’échelle. En raison de recettes virales à millions de vues, la demande a progressé au pire moment, quand les captures s’effondrent. Selon l’UNICOP (Union nationale des industries de la conserve de poisson), les captures de sardines sont tombées à 402.621 tonnes en 2025, contre plus de 670.000 tonnes en 2023, soit une chute de 40% en deux ans. Moins de matière première, c’est mécaniquement moins de volumes produits.
«Le recul des parts de marché des conserveries dans la grande distribution s’explique avant tout par des difficultés d’approvisionnement», affirme Anas Lamhandaz, directeur général de l’UNICOP. La situation n’est pas uniforme selon lui. «Ce constat n’est pas généralisable. Selon les retours de trois entreprises du marché local, la situation varie d’une enseigne à l’autre», dit-il, avant d’assurer qu’«une reprise est attendue après l’Aïd». Mais le fond du problème reste entier: «Cela fait trois ans que la filière est sous tension», déplore-t-il.
Une dépendance à une seule espèce qui rend la filière particulièrement vulnérable, puisque la sardine pèse 80% de l’activité de la conserverie nationale. «La sardine a beau être un produit stockable, sans approvisionnement en amont, la production s’arrête», résume le directeur général de l’UNICOP. Le Maroc est pourtant le premier producteur mondial de Sardina pilchardus, avec 66% de la production mondiale et 46% du marché international des conserves.
Une dépendance à une seule espèce qui rend la filière particulièrement vulnérable, puisque la sardine pèse 80% de l’activité de la conserverie nationale. «La sardine a beau être un produit stockable, sans approvisionnement en amont, la production s’arrête», résume le directeur général de l’UNICOP. Le Maroc est pourtant le premier producteur mondial de Sardina pilchardus, avec 66% de la production mondiale et 46% du marché international des conserves.
La raréfaction de la ressource est directement liée à la hausse des températures des eaux atlantiques. La sardine pilchardus est l’une des espèces les plus sensibles aux variations thermiques. Selon l’UNICOP, son cycle de reproduction et la survie de ses larves dépendent de températures situées autour de 14 à 16°C. Au-delà de ce seuil, la mortalité des juvéniles augmente fortement. Des eaux trop chaudes perturbent également l’upwelling atlantique, ce phénomène de remontée d’eaux froides qui conditionne la disponibilité du plancton et la répartition des bancs. Résultat: les stocks se déplacent vers des zones moins accessibles aux flottilles.
D’ici la fin de l’année, les signaux météorologiques pointent vers un nouvel épisode El Niño. Ce phénomène de réchauffement anormal des eaux du Pacifique perturbe vents et courants à l’échelle mondiale, avec des effets directs sur les petits pélagiques. Pour la filière marocaine, déjà sous tension depuis trois ans, un tel épisode aggraverait encore la pression sur les volumes disponibles et les coûts matière.
UNICOP - Union Nationale des Industries de la Conserve de Poisson
El Niño 2026 : un risque climatique direct pour la conserve marocaine De manière simplifiée : El Niño est un réchauffement anormal des eaux du Pacifique qui perturbe les vents et les courants à l’échelle mondiale, avec des effets directs sur les océans et la disponibilité du poisson. En 2026, les signaux convergent : un nouvel épisode El Niño pourrait se former fin 2026(jusqu’à 60% de probabilité à l’automne). 👉 Pour le Maroc, l’enjeu est immédiat. Notre industrie dépend fortement des petits pélagiques, eux-mêmes liés à l’upwelling atlantique. Or, El Niño perturbe vents et courants → déséquilibre de la ressource. Impacts attendus : • 📉 Baisse et forte volatilité des débarquements • 📍 Déplacement des bancs (zones moins accessibles) • 💰 Pression sur les coûts matière Dans un secteur déjà fragilisé par plusieurs années historiquement basses, ce type de cycle peut accentuer les tensions. 👉 Enjeu clé : intégrer le climat dans la stratégie industrielle. Anticipation, flexibilité et pilotage par la donnée deviennent essentiels. El Niño n’est pas une exception. C’est un signal structurel. #UNICOP #Pêche #Climat #ElNino #Maroc #Industrie #Sardine #INRH

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